Crésantignes, un 11 novembre

Publié le par cresantignes.info

Crésantignes, un 11 novembre

"BIGOT Clovis"

A l’appel de son nom, seule répond, chaque 11 novembre, une voix de circonstance :

« Mort pour la France ».

Le canonnier conducteur BIGOT (Clovis André) matricule 018478 a été « Mortellement blessé à son poste de combat au cours d’un violent bombardement le 23 décembre 1914 »[1]. Il est décédé, emporté par une terrifiante « gangrène gazeuse du membre inférieur droit »[2], le 26 décembre 1914 à Elverdinghe en Belgique, à 4 km d’Ypres.

[1]  Journal officiel de la République française. Lois et décrets du 07 novembre 1919.

[2]  Transcription sur 1915 d’un acte de décès militaire : Crésantignes 1910-1915, 4E116 18.

 

Destin d’homme : Clovis BIGOT (1888 - 1914)

L'enfance

Clovis nait à Crésantignes, le 08 décembre 1888. Il est le fils de BIGOT Ernest Aldéral, 46 ans, arpenteur domicilié à Crésantignes et de HAILLOT Éléonora 26 ans son épouse. En 1888, le couple a déjà donné naissance à 2 enfants aux destins tragiques. D’abord en 1885 un garçon prénommé déjà, triste présage, Clovis André Maurice qui ne survit qu’un mois. Nait ensuite en janvier 1887, Espérance Ernestine BIGOT qui, elle, ne vivra que 5 ans.

Troisième naissance, le 08 décembre 1888 : c’est celle d’un nouveau garçon que ses parents, forçant le destin, prénomment à nouveau Clovis André. En 1890 Clovis aura une sœur Isaure Blanche Émilienne qui se mariera en 1909 à Crésantignes et décèdera en 1970 à Bar sur Aube.

En février 1892, 2 drames endeuillent la famille BIGOT : le père, Ernest âgé de 50 ans, décède le 9 février. Quelques jours plus tard c’est la petite Espérance Ernestine 5 ans qui, le 16 février, décède.

Clovis a alors 3 ans. Il n’y a plus au foyer que la mère Éléonora 30 ans, la petite Isaure 2 ans et lui. Les documents administratifs ne disent rien de ce qu’a pu être l’enfance de Clovis et la vie sûrement difficile de la famille.

 

2 ans de service militaire

Les années passent. En 1909, Clovis a 20 ans. Il est appelé au service militaire. Son livret matricule, mentionne qu’il est cultivateur de profession et toujours domicilié à Crésantignes.

Le 8 octobre 1909, il rejoint le 39ème Régiment d’Artillerie. Le 1er mars 1910 il est affecté au 60ème Régiment d’Artillerie où, la même année, il est nommé 1er conducteur (canonnier).

Certificat de bonne conduite accordé, Clovis est libéré et passe dans la réserve le 1er octobre 1911.

Trois années de répit à Crésantignes ? ou à Montrouge (Seine) où son livret militaire indique qu’il réside à la date du 24 mai 1914.

 

La guerre

Le 1er août 1914, décret de mobilisation générale. Clovis est rappelé au service actif. Le 2 août, il rejoint son régiment le 60ème RAC (Régiment d'Artillerie de Campagne).

D'août à décembre, le canonnier Clovis BIGOT suit son régiment qui prend successivement part :

* à l'est de Nancy à la bataille et à la retraite de Morhange (19-20 août)

* aux combats de Grand-Couronné du 22 août au 12 septembre. Le 27 août, "la lutte reprend avec acharnement  [...]. le commandant Beaudelaire, les lieutenants Leroy, Touchard et Artaud sont blessés, le lieutenant Lelan tué ; les pertes en hommes et en chevaux sont assez élevées." (in Historique du 60e Régiment d'Artillerie Charles Lavauzelle). 

* à la bataille de la Somme du 25 septembre au 30 octobre.

* à la "course à la mer". Le 60e d'Artillerie est envoyé à Elverdinghe en Belgique où la bataille de l'Yser fait rage (Dixmude, Le Kemmel, Ypres).

En décembre 1914, le bilan des pertes depuis le 4 août est de plus de 300 000 hommes tués et 600 000 blessés du coté français. Le Journal des Marches et Opérations du 60e Régiment d'Artillerie comptabilise pour la même période de 5 mois :
129 morts, 264 blessés et... 468 chevaux tués ou blessés.

Après 5 mois de durs combats, la vie de Clovis s'arrête tragiquement sur ce front des Flandres : grièvement blessé par un bombardement allemand, il décède quatre jours plus tard des suites de ses blessures le 26 décembre 1914.

En ce lendemain de Noël, Clovis vient d’avoir 26 ans.

 

Le journal des marches et opérations du 60ème Régiment d'Artillerie de Campagne permet de suivre au jour le jour les mouvements et les actions de guerre du régiment de Clovis. 

Sollicitation

Si vous possédez des informations ou mieux encore des documents sur la vie et la mort tragique de Clovis Bigot, enfant de Crésantignes, vous pouvez participer à cet hommage fraternel rendu au "bon canonnier" de Crésantignes mort pour la France.

 

ADDENDA

La guerre en 1914 : la course à la mer.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/fd/Race_to_the_Sea_1914.png

En décembre 1914, les armées allemandes ont échoué sur tout le front des Flandres, noyées dans les inondations et bloquées par les alliés embusqués à Ypres transformée en champ de ruines et derrière des fortifications de campagne faites de tranchées hâtivement installées, puis de plus en plus consolidées. Ainsi apparaît une nouvelle forme de guerre, c'est la guerre des tranchées. Celles-ci s'allongent depuis la mer jusqu'à Verdun.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Course_%C3%A0_la_mer

Inhumation 

Clovis BIGOT repose avec ses frères d'infortune à la Nécropole de Notre-Dame-de-Lorette près de Lens dans le Pas de Calais. 

 

D'une superficie de 13 hectares, la nécropole comprend plus de 20 000 tombes individuelles Dans huit ossuaires, sont rassemblés 22 970 inconnus. C'est la plus importante des nécropoles nationales. 

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